Paroisses de La Bouilladisse – La Destrousse – Peypin – Belcodène

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Centre paroissial : 7, Bd. Francis CAPUANO - Place Notre Dame 13720 La Bouilladisse

dimanche 2 avril 2017

2 Avril - 5ème Dimanche de Carême

« Quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais », voilà l’affirmation du Seigneur Jésus que recèle l’évangile de ce dimanche. Et cette affirmation va à l’encontre de cette expérience commune qui voit la mort signer d’un point final l’existence humaine, tout homme naît pour mourir. Cette expérience de la mort s’impose à notre humanité et bon nombre de nos contemporains s’arrête à cette simple constatation. La mort s’impose et tout semble s’arrêter. Et ce qui est certain c’est bien que la mort est appréhendable alors que l’Eternité échappe à notre expérience empirique, alors que la vie éternelle échappe à notre connaissance primaire. Ainsi, seule la Foi nous permet de considérer l’Eternité, seule la Foi nous donne cette connaissance qui nous dépasse et qui touche l’Eternité. Mais la Foi qui doit habiter nos cœurs et nos âmes ne doit pas être une simple option intellectuelle, un choix probable ou calculé, une simple hypothèse défendue. La Foi qui doit nous habiter se fonde non pas sur nous même ou sur nos réflexions, mais elle se fonde sur le Christ Lui-même. Car si le Christ nous montre en l’Evangile de ce dimanche qu’Il a le pouvoir de faire revenir à la vie son ami Lazare mort depuis 4 jours, le Christ ne nous promet pas un élixir de vie éternelle qui nous empêcherait de mourir et qui nous établirait pour toujours en cette terre et en cette vie que nous connaissons. Vie qui est certes désirables sous certain côté mais qui serait profondément désespérante si on devait s’y éterniser. Ainsi le Christ ne nous promet pas de nous soustraire à la mort mais le Christ nous donne de soulever le voile de son après, de la vie après la mort, de la vie après la vie. Et c’est seulement la Foi au Christ qui nous donne de recevoir cette réalité de l’Eternité.
            Et cela doit produire en nous un changement de référentiel dans la conduite de notre existence qui n’a de valeur qu’inscrite dans l’Eternité, qui n’a de sens que porté vers la béatitude. Car oui mortel nous le sommes tous mais nous devons savoir au plus intime de nous même que la mort ouvre à l’Eternité et si nous avons vécu avec le Christ, si nous croyons au Christ dès lors la mort ne nous retiendra pas et l’Eternité bienheureuse s’offrira à nous. On pourrait se dire que c’est là une belle promesse qui doit nous permettre d’appréhender la mort d’une manière plus douce mais ce n’est pas une belle promesse car cette réalité elle nous a été acquise par le sang précieux du Christ, par la passion du Seigneur, car cette réalité resplendit au jour de la résurrection, car cette réalité nous en vivons dès à présent accueillant en nos âmes le Christ vivant, vainqueur de la mort et des ténèbres.
Il nous faut donc désamorcer en nous ce pouvoir de la mort qui a été anéanti par la victoire du crucifié. Il nous faut la désamorcer à l’image de Ste Thérèse qui disait : « Ce n’est pas “la mort “qui viendra me chercher, c’est le bon Dieu. La mort, ce n’est pas le fantôme, un spectre horrible comme on la représente sur les images. Il est dit dans le catéchisme que « la mort, c’est la séparation de l’âme et du corps », ce n’est que cela ! ». « La mort, c’est la séparation de l’âme et du corps », ce n’est que cela !… Ainsi en un sens il ne nous faudrait pas avoir peur de la mort mais nous devrions craindre davantage le jugement qui succèdera à la mort, nous devrions craindre l’Enfer qui peut y succéder et c’est dans cet après la mort que prend tout son sens la Parole du Seigneur : « Quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » car celui qui vit dans le Seigneur Jésus vit de la miséricorde divine et s’attache au Christ dans une vie uni au Seigneur qui l’introduira en l’union divine éternelle. Car il ne nous suffit pas de croire au Christ pour entrer dans l’Eternelle Béatitude mais il nous faut également vivre en Jésus Christ. Le Christ n’est pas donc pas l’option qu’on garderait sous le coude tel un joker attendant la fin de la partie pour le sortir. Et le temps du carême a cette vocation là de nous rappeler cet essentiel d’éternité qu’est celui de vivre en Jésus Christ. Mais nous le savons bien, même si nous désirons vivre en Jésus Christ nous ne sommes pas encore dans la perfection de la Charité qui ne nous sera donné qu’au Ciel. Nous sommes pêcheurs, nous sommes tous pécheurs, voilà la réalité. Mais si le péché entrave nos vies nous savons également que la miséricorde nous permet d’être rétabli dans l’intimité du Seigneur, miséricorde que nous recevons dans le sacrement de la confession qui nous sera proposé ce jeudi et là encore, le sacrement de la confession n’est pas une option mais il s’enracine dans la Parole du Seigneur adressée à ses apôtres et à leurs successeurs les évêques et les prêtres « celui à qui vous remettrez ses péchés ils lui seront remis, celui à qui vous maintiendrez ses péchés il lui seront maintenus ».
Ainsi bien chers amis, considérons l’éternité à laquelle le Seigneur nous appelle en son Amour infini, considérons nous dans nos faiblesses et notre péché qui blessent nos âmes appelant la miséricorde et donnons-nous rendez-vous au sacrement de la confession afin que nous puissions vivre davantage en Jésus Christ, afin que notre Foi en Lui soit plus ardente et que s’accomplisse pour nous tous cette affirmation du Seigneur : « Quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais ».

Amen

26 Mars - 4ème Dimanche de Carême

L’Evangile de ce Dimanche se conclut par l’affirmation portée par le Seigneur Jésus Lui-même qui nous dit qu’Il est le fils de l’homme. Et bien notons que ce titre de Fils de l’homme, que se donne de nombreuse fois le Seigneur Jésus dans les évangiles, ce titre s’inscrit dans l’Ancien Testament et particulièrement s’enracine dans le livre du prophète Daniel qui use le premier de cette appellation. Or dans le livre de Daniel, cette appellation de Fils de l’homme désigne le vainqueur des puissances du monde, il est le vainqueur du combat et la royauté universelle lui est remise. Plus tardivement, dans les paraboles du livre d'Hénoch, le fils d'homme est un être mystérieux, séjournant auprès de Dieu, possédant la justice. Le Fils de l’homme est celui qui doit venir à la fin des temps où il siègera sur son trône de gloire, juge universel, sauveur et vengeur des justes qui viendront auprès de lui après la résurrection. Cette réalité exposée dans l’Ancien Testament était vraisemblablement présente à l’esprit de tout juif et par ailleurs lorsque le Christ demande à l’aveugle ayant retrouvé la vue s’il croit au Fils de l’homme, l’aveugle miraculé ne lui demande pas ce que cela veut dire mais il lui demande bien qui il est. Ainsi le Christ se révèle et se dévoile mystérieusement à travers ce titre de Fils de l’homme, le Christ révèle qu’Il est bien vrai Homme et vrai Dieu mais d’une manière qui demeure comme voilée. L’aveugle est passé des ténèbres de l’incroyance à la lumière de la Foi.
« Autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes lumière », ces paroles de St Paul en la seconde lecture illustrent cette réalité de l’évènement que nous rapporte l’évangile. L’aveugle de naissance retrouve la vue par la grâce du Seigneur et il accède à la Foi dans la reconnaissance du Fils de l’homme.
Ce passage des ténèbres à la lumière il nous faut bien entendu en avoir une lecture spirituelle et existentielle. En effet, le Christ est la lumière qui éclaire le monde et qui éclaire tout homme l’accueillant en sa vie parce que le Christ nous révèle l’identité de Dieu et parce que le Christ nous donne ainsi la clef de compréhension de l’ensemble de la création, parce que le Christ nous donne ainsi la clef de compréhension de notre propre existence qui est appelé à entrer dans cette lumière qu’est le Christ Lui-même.
Et cela nous le vivons déjà nous tous qui sommes illuminés par la Foi. Et cela nous est parfois jalousé par ceux qui demeurent dans les ténèbres de l’incroyance. En effet, la Foi qui habite nos âmes nous conduit à vivre notre vie et surtout à appréhender les évènements douloureux et difficiles de nos existences d’une manière différente de ceux qui n’ont pas la Foi. Un évènement difficile survient nous avons cette certitude de Foi que le Seigneur nous soutient et nous accompagne de ses grâces pour nous permettre de dépasser ou tout du moins de traverser ces difficultés ; ce qui est bien loin de la solitude de ceux qui n’ont pas la Foi. Un deuil survient et nous savons au milieu de la douleur et des larmes que l’éternité s’ouvre pour ceux qui ont confiance en la miséricorde divine ; ce qui est bien loin de la désespérance de l’anéantissement de ceux qui n’ont pas le Foi. Dans ces domaines là, certain de nos contemporains pourraient penser que la Foi est la béquille de l’existence qui nous serait nécessaire à nous qui serions des faibles, à nous qui n’aurions pas la force de supporter la vie. Et en un certain sens il est certain que la Foi nous aide à affronter la vie mais ce n’est pas parce qu’elle nous aide à cela qu’elle n’en est pas moins véritable, ce n’est pas parce que la Foi nous soutient qu’elle n’en est pas moins certaine car elle nous donne de percevoir la présence de Dieu en nos vies et en chacun des moments de nos vies.
Mais ce n’est là qu’une partie de la réalité de la Foi qui doit gouverner notre existence, il y’a un autre pan de la Foi qui, quant à lui ne nous est pas jalousé car il demeure incompris.
En effet, d’un autre côté, lorsqu’un choix difficile doit être posé, nous savons que nous pouvons là encore compter sur l’assistance de l’Esprit Saint pour nous aider à discerner la direction qui est à prendre non pas seulement en fonction d’une rentabilité éventuelle ou d’un égocentrisme exacerbé mais dans une attention particulière à Dieu et au prochain. D’un autre côté, la Foi nous conduit à déplacer les fondations de nos existences pour les placer en Dieu et en l’éternité et ainsi la Foi conduit le chrétien à ne pas rechercher d’abord le profit, la richesse ou la gloire mais bien Dieu Lui-même dans une quête de conversion permanente. D’un autre côté la Foi nous invite également à cette attention au plus faible et au plus pauvre en écartant toute volonté d’asservissement ou tout rejet de l’autre qui nous serait différent socialement ou humainement. Et surtout, la Foi nous conduit à nous reposer non pas sur nos propres forces, non pas sur un surhomme illusoire mais la Foi nous conduit à nous reposer sur Dieu dans une vie de prière fidèle, dans une vie sacramentelle qui n’a de cesse de nous appeler à nous abandonner nous même pour suivre le Christ.
Et tout ce côté-là de la réalité de la Foi, nos contemporains le rejettent et même le raillent ardemment et c’est ainsi que pour eux la Foi est une béquille et dans un même temps, pour eux, la Foi est également un carcan. Mais pourquoi tiennent-ils cette position contradictoire et bien tout simplement parce qu’ils sont aveugles, aveugles quant à la réalité de la Foi qui n’est pas une construction humaine mais bein le don que Dieu nous fait pour nous permettre d’entrer dans La Réalité, dans La Réalité de Dieu, dans La Réalité de notre propre existence, dans La Réalité du monde. Mais ces aveugles modernes il nous faut avoir à cœur de prier pour eux afin qu’eux aussi entrent dans la lumière, afin qu’eux aussi puissent reconnaître le Christ et vivre dans la réalité.
Mais dans un même temps, ne nous considérons pas trop vite comme étant clairvoyant face à ces aveugles modernes. Nous sommes nous tous atteint d’une certaine cécité qui fait que notre vie n’est pas encore totalement au Christ, qui fait que notre existence n’est pas encore totalement gouvernée par la Foi à l’image des saints qui nous montrent le chemin. Nous avons-nous aussi besoin d’être guéri par le Christ afin que notre Foi soit ardente au point de nous conduire aux portes de la sainteté et le temps du carême est le temps favorable. Alors redoublons d’ardeur dans cette deuxième partie du carême qui s’ouvre en ce dimanche afin de nous ouvrir davantage au Christ, afin de nous laisser guérir par le Christ et portons en nos prières tout ceux qui sont dans les ténèbres afin que, comme nous, ils puissent accéder à la lumière de la Foi véritable.
Amen.



19 Mars - 3ème Dimanche de Carême

Cette rencontre entre le Seigneur Jésus et la Samaritaine nous la connaissons bien mais reprenons ensemble quelques éléments essentiels. Et tout d’abord remarquons que la Samaritaine vient puiser de l’eau à midi, c'est-à-dire à l’heure la plus chaude du jour, alors qu’à cette heure là la majorité des gens demeurent à l’abri du soleil et de la chaleur, la samaritaine vient accomplir cette tâche malgré tout fatigante sous la plus forte chaleur du jour. Pourquoi ?
Et bien tout simplement parce qu’elle ne désire pas rencontrer les autres femmes qui viennent également puiser de l’eau, elle fuit très certainement les cancanages, les regards insistants porteurs de désapprobations, les ironies ; car la Samaritaine n’a pas une vie bien droite, elle qui a déjà eu 5 maris et qui se trouve avec un homme qui n’est pas son mari, nous apprendra le Seigneur Jésus. Ainsi la Samaritaine fuit simplement le regard populaire, le regard de ceux qui se drapent dans leur apparente bonne conduite et se constituent en inquisiteurs condamnant.
Et bien c’est pourtant cette femme que le Seigneur Jésus attend, Il l’attend auprès du puits de Jacob. Je dis bien que le Seigneur l’attend car ne pensons pas que cette rencontre était fortuite, le Seigneur Jésus étant empli de cette connaissance des évènements qui nous dépasse. Donc le Seigneur Jésus l’attend et nous pourrions nous attendre à un discours moralisant, à une dénonciation des errements de la samaritaine, ou tout du moins à une admonestation. Mais rien de cela et même au contraire le Seigneur Jésus demande à la Samaritaine de lui rendre un service et en lui demandant à boire,  le Seigneur Jésus demande le soutient de cette femme établissant ainsi une véritable relation, un véritable dialogue.
Et c’est ce dialogue qui se déroule comme souvent avec le Seigneur Jésus dans un quiproquo : le Seigneur Jésus voulant donner à la Samaritaine l’eau vive qui ne se tarit pas, la Samaritaine entendant simplement que grâce à cette eau elle n’aura plus besoin de venir jusqu’au puits. La Samaritaine ne saisit pas ce que lui dit le Seigneur et elle ne commencera à reconnaître la personnalité du Seigneur Jésus que lorsque ce dernier lui aura révélé quelle est sa vie. Et c’est le Seigneur qui en définitive va se révéler à cette samaritaine : Je suis le messie moi qui te parle. Affirmation qui va conduire la femme à aller à la rencontre de ceux qu’elle tâchait d’éviter pour annoncer à tous qu’elle a peut-être bien rencontré le messie.
Et bien remarquons ensemble que le Seigneur Jésus ne s’est jamais positionné dans l’ordre de la moral. Tout simplement peut-être parce que le Seigneur sait que la Samaritaine a conscience que sa vie n’est pas inscrite dans l’ordre de la vertu. Mais d’une manière plus fondamentale, le Seigneur Jésus nous enseigne quelque chose d’essentiel qui nous échappe bien souvent à savoir que ce qui prime entre le Foi et la morale c’est bien la Foi. C’est pour cela que le Seigneur rejoint cette Samaritaine où elle en est et qu’Il la conduit peu à peu à reconnaître qui Il est, à reconnaître qu’Il est le messie, qu’Il est celui qui peut la sauver. Et ensuite c’est la Foi dans le Christ Jésus qui conduira certainement cette Samaritaine à accorder sa vie au Christ Lui-même.
Or reconnaissons le, d’une manière habituelle ce n’est pas comme cela que nous raisonnons. D’une manière habituelle nous serions tentés d’accorder le salut éternel à ceux qui ont bien agi ici-bas qu’importe leur attachement au Christ, c'est-à-dire que d’une manière habituelle, dans notre raisonnement, plus une personne aura bien agi en sa vie, plus elle sera sauvé, et inversement plus une personne aura mal agi en sa vie, plus elle sera damnée. Et bien en ce sens là nous nous trompons car ce n’est pas l’ordre moral qui ouvre au salut mais c’est la Foi au Christ qui nous justifie ou pour reprendre St Paul, c’est par la Foi que nous devenons des justes.
Caricaturons quelque peu les positionnements pour en saisir toute la nuance essentielle. Et par exemple, imaginons un homme bon qui rejette foncièrement le Christ qu’il connaît pourtant, et bien son rejet du Christ peut devenir également rejet du salut. Et, a contrario, imaginons un homme mauvais, qui a conscience du mal qui habite sa vie mais qui malgré tout, reconnaissant sa faiblesse, son péché, reconnaît également le Christ Lui-même et sa miséricorde, et bien tel le bon Larron il se verra peut-être accueilli par le Christ.
Oh bien sûr, attention, il n’y a pas opposition entre la Foi et la morale car si la morale ne conduit pas nécessairement à la Foi, la Foi quant à elle conduit nécessairement à la Vertu et inversement le péché peut aller jusqu’à tuer la Foi, l’immoralité va à l’encontre de la Foi. Il n’y a pas opposition entre la Foi et la morale mais il y’a bien une primauté de la Foi qui est seule source du salut.

Ainsi, pour nous qui avons la Foi, il nous faut bien sûr rechercher à vivre toujours plus intensément de la Foi et ce par la recherche de notre propre conversion qui nous établira dans la vertu. Et si nous considérons ceux qui n’ont pas la Foi, il nous faut tâcher d’avoir ce même regard que le Christ c'est-à-dire ne pas tomber d’abord dans un jugement moral mais essayer de conduire l’autre à la reconnaissance du Christ Sauveur, d’essayer de conduire l’autre aux portes du Salut ! Telle est bien là notre mission. Nous ne devons pas être des Ayatollahs d’une morale mais bien les disciples du Christ Sauveur, disciples du Christ qui a donné sa vie pour les impies que nous étions, pour les pécheurs que nous sommes. Amen

12 Mars - 2ème Dimanche de Carême

Le récit de la transfiguration marque les esprits dans la manifestation visible de la divinité du Christ. Cette théophanie porte l’affirmation que le Christ n’est pas un sage aussi honorable serait-il, que le Christ n’est pas un réformateur ou bien encore un révolutionnaire, le Christ est vrai homme et vrai Dieu et en ce dimanche, son humanité transpire de sa divinité, en ce jour, la gloire divine se donne à contempler. Et cet évènement visible est encore accentué par l’appel impérieux de Dieu le Père, appel à écouter Dieu le Fils, Dieu fait homme, appel à écouter le Christ.
Et si nous entendons ce récit de la transfiguration en ce deuxième dimanche de Carême c’est pour nous rappeler quelles doivent être les fondations de notre carême mais aussi plus largement, plus essentiellement, quelles doivent être les fondations de nos vies. Et ces fondations reposent sur un unique pilier qu’est celui de la reconnaissance dans la Foi de la personnalité du Christ, dans la Foi en la divinité du Christ qui permet notre rédemption et c’est cette Foi sereine et certaine qui nous conduit à être attentifs, à écouter la Parole que le Seigneur nous adresse et qui traverse les siècles portée par l’Eglise.
Et si le Christ est notre unique fondation, notre unique pilier, nous sommes tous appelés à vivre de ce mystère de la transfiguration car il nous faut nous rappeler que nous sommes tous appelés à être transfiguré, transfiguré non par nos efforts ou notre volonté, mais transfiguré par l’acceptation toujours plus entière, toujours plus radicale du Christ Lui-même, nous sommes appelés à transpirer le Christ. Et si nous considérons les saints qui peuplent l’histoire de l’Eglise, nombreux sont ceux qui ont vécu cette réalité, nombreux sont ceux qui, par leurs simples présences, permettaient la présence de Dieu tout simplement parce que Dieu habitait leurs vies, habitait leurs cœurs et leurs âmes. Et c’est bien en ce sens que ce que nous donnons à voir est un témoignage, notre manière de vivre et d’être est un témoignage et ô combien il nous faut redouter le fait d’être des contres témoignages, combien il nous faut redouter que, par notre faute, certains puissent se détourner du Christ.
Alors attachons-nous à vivre du Christ, à être transfiguré par sa grâce, à être porteur de la joie du Christ, de la paix divine, d’une Foi ardente et contagieuse. Et il nous faut encore le réentendre, cette transformation de nos vies, de nos personnes n’est pas d’abord le fruit d’un volontarisme ou d’efforts surhumains, la transfiguration de nos vies c’est bien le Christ qui l’opèrera si nous le laissons faire. Rappelons-nous à ce sujet ce que disait Ste Thérèse de l’Enfant Jésus, et recevons pour notre méditation de ce dimanche ce que cette grande sainte, cette docteur de l’Eglise écrivait :
« Moi je me considère comme un faible petit oiseau couvert seulement d’un léger duvet. S’envoler comme les aigles, n’est pas en son pouvoir.  Le petit oiseau ne va pas même s’affliger. Avec un audacieux abandon, il veut rester à fixer son Divin Soleil; rien ne saurait l’effrayer, ni le vent, ni la pluie et si de sombres nuages viennent à cacher l’Astre d’Amour, le petit oiseau ne change pas de place, il sait que par-delà les nuages son Soleil brille toujours.
Quel bonheur pour lui de rester là quand même, de fixer l’invisible lumière qui se dérobe à sa foi ! Jésus, jusqu’à présent je comprends ton amour pour le petit oiseau, puisqu’il ne s’éloigne pas de toi…mais je le sais, et tu le sais aussi, souvent, l’imparfaite petite créature tout en restant à sa place se laisse un peu distraire de son unique occupation.
Il prend une petite graine à droite et à gauche court après un petit ver… puis rencontrant une petite flaque d’eau il mouille ses plumes à peine formées, il voit une fleur qui lui plaît, alors son petit esprit s’occupe de cette fleur… enfin, ne pouvant planer comme les aigles, le pauvre petit oiseau s’occupe des bagatelles de la terre. Parfois il est vrai, le cœur du petit oiseau se trouve assailli par la tempête, il lui semble ne pas croire qu’il existe autre chose que des nuages qui l’enveloppent; c’est alors le moment de la joie parfaite pour le pauvre petit être faible.
Oh ! Jésus, que ton petit oiseau est heureux d’être faible et petit, que deviendrait-il s’il était grand ? S’il était grand, jamais il n’aurait l’audace de paraître en ta présence, de sommeiller devant toi.. oui, c’est là encore une faiblesse du petit oiseau lorsqu’il veut fixer le Divin Soleil et que les nuages l’empêchent de voir un seul rayon; malgré lui ses petits yeux se ferment, sa petite tête se cache sous la petite aile et le pauvre petit être s’endort, croyant toujours fixer son Astre Chéri. À son réveil, il ne se désole pas. Son petit cœur reste en paix, il recommence son office d’amour, il invoque les Anges et les Saints qui s’élèvent comme des Aigles vers le Foyer dévorant, objet de son envie et les Aigles prenant en pitié leur petit frère, le protègent, le défendent et mettent en fuite les vautours qui voudraient le dévorer.
[Et Toi Jésus] Caché sous l’apparence d’une blanche hostie, Aigle éternel, tu veux me nourrir de ta divine substance, moi, pauvre petit être, qui rentrerais dans le néant si ton divin regard ne me donnait la vie à chaque instant… Ô Jésus ! Laisse-moi dans l’excès de ma reconnaissance, laisse-moi te dire que ton amour va jusqu’à la folie…  Comment veux-tu devant cette folie, que mon cœur ne s’élance pas vers toi ?
Jésus, je suis trop petite pour faire de grandes choses… et ma folie à moi, c’est d’espérer que ton Amour m’accepte comme victime… Ma folie consiste à supplier les Aigles mes frères de m’obtenir la faveur de voler vers le Soleil de l’Amour avec les propres ailes de l’Aigle divin…
Aussi longtemps que tu le voudras, ô mon Bien-Aimé, ton petit oiseau restera sans forces et sans ailes, toujours il demeurera les yeux fixés sur toi, il veut être fasciné par ton regard divin, il veut devenir la proie de ton Amour… Un jour, j’en ai l’espoir, Aigle Adoré, tu viendras chercher ton petit oiseau et remontant avec lui au Foyer de l’Amour, tu le plongeras pour l’éternité dans le brûlant Abîme de Cet Amour auquel il s’est offert en victime… »
Alors laissons-nous emporter par l’Aigle divin, laissons-nous emporter par le Christ, ne cherchons pas à nous transfigurer mais laissons-le Christ nous transfigurer et cela en gardant nos âmes aux côtés du Seigneur, en l’aimant, en le priant, en le recherchant, en vivant avec Lui.

Amen.

vendredi 10 mars 2017

5 Mars - 1er Dimanche de Carême

Les textes de la liturgie de ce 1er dimanche de carême nous permettent de ressaisir en un instant toute l’histoire sainte, l’histoire de notre salut. Et cette histoire s’origine en nos premiers parents, en ces deux figures que sont Adam et Eve. Et il est bien souvent important de les considérer afin de reprendre conscience que nous avons tous été créé dans la bonté ineffable de Dieu Lui-même et grâce à cette considération nous pouvons affirmer avec force et vigueur que l’homme a été créé bon. Nous tous nous avons été créé bon, l’humanité entière s’enracine dans cette bonté pleine et entière. Ainsi, si nous considérons l’humanité aujourd’hui, si nous nous considérons nous-mêmes nous pouvons voir que cette bonté a été abîmée, que cette bonté originelle a été conduite à cohabiter avec cette malice que nous connaissons bien. Le récit d’Adam et Eve nous permet, dans un style littéraire qui lui est propre, nous permet de prendre conscience de la chute originelle, de cette désobéissance originelle d’Adam et Eve qui a conduit l’ensemble de l’humanité à être marqué de ce mal, de cette malice.
Le terme de désobéissance originelle est à prendre au sens familial, je m’explique, si les parents apprennent à leurs enfants à ne pas mettre les doigts dans les prises électriques ce n’est pas pour contraindre leur liberté mais c’est bien pour les protéger. Et bien il en est de même avec le bon Dieu qui savait que le fait de consommer le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal aurait été maléfique pour l’humanité. La désobéissance d’Adam et Eve ne s’affronte pas avec un autoritarisme divin mais bien avec cette bonté première de Dieu. Cette bonté qui est également perceptible dans le fait qu’Adam et Eve ont été ensuite chassés du Jardin d’Eden, car ce bannissement n’est pas d’abord une punition mais bel et bien une mesure de protection afin qu’Adam et Eve ne mange pas en plus le fruit de l’arbre de la vie ce qui aurait rendu leur péché éternel, ce qui aurait empêché toute l’œuvre de la rédemption.
Ainsi, c’est bien cette faute originelle qui nous sépara de Dieu mais Dieu ne s’est pas résolu à notre éloignement et c’est pourquoi Dieu s’est fait homme en Jésus Christ, Dieu s’est fait homme afin de  se révéler à nous par la Parole du Christ mais surtout afin de nous racheter par cette obéissance pleine et entière, cette obéissance dans la témoignage de l’identité divine, obéissance vécu jusqu’au sacrifice rédempteur de la croix, de la passion, de la mort et de la résurrection du Seigneur.
Et c’est ainsi que si par la faute d’un seul homme le péché est entré dans le monde, par l’unique grâce du Christ rédempteur c’est l’ensemble de l’humanité qui est invitée, conviée au salut. Ce salut qui s’inaugure dans le sacrement de baptême, qui se nourrit de l’eucharistie, qui se rétabli dans le sacrement de la confession, qui se fortifie dans le sacrement de la confirmation, qui se vit chaque jour par la recherche toujours plus entier d’une vie avec le Christ.
Mais nous le savons tous, cette vie avec le Christ, cette vie dans la radicalité évangélique s’affronte avec le flot de déficiences qui sont les nôtres, et également avec les tentations qui peuplent nos jours. Mais par l’évangile, le Christ nous montre que la victoire face aux tentations est possible, cette victoire est possible si on demeure uni au Christ Lui-même car c’est bien le Christ qui donne la force de ne pas succomber, de ne pas nous soumettre aux tentations de nos vies.
Ainsi en ce premier dimanche de Carême, reprenons d’abord conscience que le salut qui nous est proposé nous a été acquis par le Christ, que c’est bien Dieu qui part à notre recherche, qui a soif de nous, qui désire nous ramener et nous établir en Lui. Reprenons conscience que notre vie doit donc être une réponse à ce  désir divin, que notre vie toute entière est appelée à être le lieu de vie du Salut et de l’Amour divin et cela en nous attachant à la prière, la prière fidèle et quotidienne, en nous attachant au jeûne qui fait participer notre corps à notre propre sanctification, en nous attachant à l’aumône qui nous fait nous soucier de ceux qui nous entourent bien sûr d’un point de vue matériel mais n’oublions pas l’aumône que nous pouvons faire de notre temps.
Dieu s’est livré pour nous sauver, qu’en ce temps du carême nous puissions nous remettre totalement entre ses mains.

Amen.

1er Mars - Mercredi des cendres

L’unique objet du carême qui débute en ce jour est contenu dans cette phrase qui accompagnera dans quelques instants l’imposition des cendres : « convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle ». Le Carême est donc bien un temps de conversion oh non pas que notre conversion serait exclusivement à rechercher durant les quarante jours du carême mais simplement que ce temps du carême est le temps le plus favorable.
Ceci étant dit, à quelle conversion sommes-nous appelés ?
On pourrait se dire que le carême est personnel, les irascibles et les énervés doivent rechercher la patience, les râleurs doivent laisser place à la joie..etc.  En un sens ce n’est pas totalement faux car nous avons tous à travailler sur nos propres déficiences afin de faire de notre vie une vie évangélique. Mais bien souvent, nous considérons tous ces domaines d’un point de vue volontariste, il faut que nous fassions des efforts, il faut que nous nous corrigions. Mais cette vision de la conversion est bien souvent vouée à l’échec et conduit bien souvent à l’épuisement ; à force de faire des efforts on a plus de force. C'est pourquoi il nous faut bien prendre conscience que le propre de la conversion, le moteur de la conversion ce n’est pas d’abord nous même mais c’est Dieu en nous.
Ce n’est pas une petite précision que cela car dès lors le seul effort que nous sommes invités à faire est celui d’une vie de prière plus ardente, plus fidèle, d’une vie plus unie au Seigneur, d’une vie donnée, abandonnée au Seigneur Lui-même. Ainsi, le seul effort que nous sommes invités à faire c’est de nous jeter dans le brasier de l‘Amour divin et c’est cet Amour divin en nous qui produira de véritables fruits de conversion. Par conséquent, il ne nous faut pas chercher à nous convertir mais il nous faut chercher à nous laisser convertir par le Seigneur Lui-même.
En vous disant cela, je ne mets pas à bas le travail de la volonté mais je nous rappelle l’objet premier de notre volonté qui doit être celui de l’union à Dieu, le reste suivra. C’est ce que dis St Augustin par sa phrase si connue : « Dilige et quod vis fac » c'est-à-dire Aime et fais ce que tu veux. La première chose à rechercher c’est l’Amour du Seigneur, tout le reste s’ordonnera ensuite à cet Amour divin mais la première chose à rechercher c’est l’Amour divin. C’est bien cet ardeur dans l’Amour du Seigneur qui nous conduira à écarter tout ce qui est contraire à Dieu, tout ce qui ne favorise pas cette union et ainsi les irascibles et les énervés prendront le chemin de la patience non par volontarisme mais par Amour de Dieu, les râleurs quant à eux se verront illuminer de la joie de la présence divine..etc.
Voilà ainsi dressée la toile de fond de notre carême, voilà ce qui doit porter les trois axes du carême, les fameux trois « P » c'est-à-dire la prière, la pénitence et le partage. La prière est bien l’axe principal car la prière nous enracine en Dieu, puis la pénitence fait participer notre corps à notre sanctification et le partage nous fait nous tourner vers les autres qui sont eux aussi appelés à la vie divine.
Dès lors pour nous qui voulons que notre carême soit réussi demandons-nous d’abord comment faire plus de place au Seigneur, considérons le temps que nous consacrons à la prière, considérons notre participation à la messe en semaine, considérons notre vie sacramentelle..etc. tout cela c’est du concret, tout cela c’est une histoire d’agenda. Quant à la pénitence, essayons de voir comment notre corps peut participer à notre désir de Dieu et pour cela, si nous le pouvons, pratiquons le jeûne et l’abstinence dans des matières qui nous permettrons de favoriser le climat de prière de nos vies. Quant à l’aumône, ayons le souci de ceux qui nous entourent et si nous pouvons faire une aumône financière, très bien mais n’oublions pas l’aumône que nous pouvons faire de notre temps pour écouter, consoler, soutenir..etc.
Un de mes professeurs de séminaire me disait jadis que pendant le carême on n’est pas forcément invité à faire plus mais on est invité à faire bien ce qui est notre devoir. Et en un sens ce n’est pas faux mais uniquement si on considère le terme de devoir au sens large, au sens du devoir chrétien et le devoir du chrétien c’est d’être tout au Christ… Alors pendant le carême, soyons véritablement chrétien, soyons tout au Christ, prenons les moyens d’être tout au Christ.
Amen


mercredi 1 mars 2017

27 Février - Fête de la Bienheureuse Mère Marie de Jésus

Mes biens chères sœurs, bien cher Père, bien chers amis, laissons résonner en nos âmes, la plus courte phrase de cet évangile qui est constitué par cet appel impératif du Seigneur : « Demeurez dans mon amour » et remarquons ensemble le mouvement auquel nous invite le Seigneur. Remarquons ensemble que le Seigneur ne nous invite pas à lui faire une place plus grande en nos cœurs en nos âmes, ce qui bien sûr n’est pas une mauvaise chose et ce qui est d’ailleurs la conception la plus commune de la vie spirituelle, mais le Seigneur ne nous invite pas à cela en cet impératif. Le Seigneur nous invite à aller au-delà, Il nous invite à demeurer dans son Amour c'est-à-dire que nous sommes nous tous invités à nous établir dans l’amour divin, à laisser cet Amour divin nous absorber, à nous laisser absorber par l’Amour divin. Ainsi nous ne sommes pas d’abord inviter à ouvrir davantage notre cœur ou notre vie au Seigneur mais nous sommes invités à nous jeter corps et âmes dans le brasier ardent de l’Amour divin.
Oh vous pourriez me dire qu’il y a là peu de différence mais si nous y prêtons attention c’est toute notre vie spirituelle qui doit en être bouleversée. Car dès lors nous ne sommes plus au centre de notre vie spirituelle, ce n’est pas nous qui devons accueillir le Seigneur toujours plus intensément, toujours plus ardemment ; nous ne sommes plus au centre de notre vie spirituelle mais le Christ devient le centre, et c’est en Lui que nous sommes invités à demeurer c'est-à-dire que nous sommes invités en notre vie à passer d’un égocentrisme à un christocentrisme exclusif, c'est-à-dire que nous sommes invités à nous oublier nous-mêmes pour habiter l’Amour de Dieu. Ainsi, nous ne sommes pas invités à mettre nos puissances, notre volonté, notre intelligence au service du Seigneur mais nous sommes invités à abandonner nos puissances entre ses mains, notre volonté et notre intelligence doivent laisser place au Christ seul.
Laissez-moi expliciter quelque peu mon propos. Hormis vous mes bien chères sœurs, la plupart d’entre nous nous avons pris notre voiture pour rejoindre cette chapelle. Et bien, laissez le Christ habiter nos cœurs, nos vies c’est comme si le Seigneur était notre copilote. Jésus, assis sur le siège passager, nous donne la route à suivre mais nous demeurons au volant et nous pouvons choisir d’aller à l’encontre des indications, nous pouvons choisir de faire un écart, nous pouvons choisir car nous demeurons le seul véritable maître du véhicule, de sa course et de sa direction. Par contre, demeurer dans le Seigneur c’est toujours avoir le Seigneur comme passager, c’est toujours être au volant mais c’est avoir les yeux bandés et conduire uniquement en se laissant guider par le Christ et par le Christ seul. Notre volonté, notre intelligence, notre personne, tout cela est remis entre les mains du Seigneur et nous choisissons de nous laissé guider uniquement, totalement par la parole du Christ. Oh, vous me direz qu’il y’a de la folie là dedans et vous auriez raison mais cette folie là, c’est la folie des saints ! Et c’est bien à cette folie de l’Amour que le Seigneur nous invite, nous convoque, c’est bien à cet abandon plein et entier entre les mains de Dieu que notre Foi nous pousse.
Mais, face à cet appel, face à cette réalité de la vie spirituelle c’est la peur qui peut germer en nos âmes, la peur de nous abandonner c'est-à-dire la peur de nous en remettre totalement à un autre mais rappelons-nous que cet autre est le Tout Autre, que cet autre c’est Dieu Lui-même, Dieu de bonté et de miséricorde, Dieu qui est Amour, Dieu qui s’est offert pour nous, Dieu qui s’est anéanti pour notre salut.
Et c’est bien cette voie là de l’abandon total que nous enseigne la bienheureuse Mère Marie de Jésus lorsqu’elle invite au « détachement de tout ce qui n’est pas Jésus »[1] ou encore lorsqu’elle nous dit : « débarrassons-nous à tout prix de la mauvaise nature, du moi humain, corrompu, qui gêne notre élan, et nous lie, nous retient loin des régions du Ciel »[2]. Et la Bienheureuse Mère Marie de Jésus nous donne également de percevoir les fruits de ce véritable abandon en Dieu elle qui écrivait : « si nous en faisons la forme de notre vie intérieure, [l’Esprit] nous entraînera si haut dans les régions surnaturelles, dans la région de Dieu, que nous aurons bientôt à dégoût tout le créé et toutes nos faiblesses, tout ce qui gêne en nous l’action divine, tant nous verrons, placés de haut tout cela indigne, misérable, ingrat, néant, pur néant en face du grand but qui nous est donné à atteindre. […] Nous ne pouvons rien [tout seul] mais avec Jésus, nous pouvons tout »[3], en Jésus nous pouvons tout.
Alors oui, nous sommes appelés à l’immolation de nous même, nous sommes appelés à nous offrir totalement au Seigneur, nous sommes appelés à devenir ces âmes victimes de l’Amour divin, ces âmes qui ne considèrent que l’Amour divin et se donnent totalement à Lui pour une divinisation par cet Amour divin.
Et en cela la bienheureuse Mère Marie de Jésus est bien la digne héritière de Ste Marguerite Marie elle qui reçu du Seigneur cette parole : « Je cherche une victime pour mon Cœur : volontaire pour se sacrifier à l’accomplissement de mes desseins ». Alors oui en ce jour de fête, désirons tous devenir ces victimes pour le Sacré Cœur du Seigneur, désirons nous sacrifier pour un anéantissement en Dieu, pour l’accomplissement des desseins divins. Mettons en pratique les enseignements de la Bienheureuse Mère Marie de Jésus qui écrivait : « Détachons-nous surtout de nous-mêmes… Toute recherche personnelle est une profanation pour une âme victime »[4], « tendez à devenir de plus en plus une âme d’abandon, une âme morte à elle-même, qui ne vit plus mais en qui vit Jésus »[5].
Voilà ce qu’avait saisi la Bienheureuse Mère Marie de Jésus, voilà l’élan des âmes victimes, voilà la dynamique de la garde d’honneur, voilà l’essence de la vie chrétienne. Voilà mis en lumière cette parole de St Paul : « Ce n’est plus moi qui vis c’est le Christ qui vit en moi ». Alors oui, mourrons à nous même, mourrons à nous même pour que le Christ soit notre vie, pour que le Christ vive en nous, pour que nous soyons au Christ.
Nous devons mourir à nous même afin de laisser toute la place au Seigneur et ainsi c’est en Dieu Lui-même que nous vivrons chaque moment de l’existence du Seigneur Jésus, c’est en Dieu Lui-même que nous vivrons sa passion douloureuse, c’est en Dieu Lui-même que nos cœurs s’embraseront de l’Amour infini qui porte le Sacrifice du Seigneur, c’est en Dieu Lui-même que nous vivrons de la joie de la résurrection, c’est en Dieu Lui-même que nous serons ces annonciateurs de la Bonne Nouvelle dont le monde a besoin.
Laissons le Christ être notre vie, abandonnons-nous à Lui non pas dans une demi-mesure qui ne serait que le signe d’un manque d’amour et de  confiance mais abandonnons-nous à Dieu totalement. Oh, cela n’est pas aisé nous le savons tous et la Bienheureuse Mère Marie de Jésus fit l’expérience de cette difficulté elle qui écrivait : « Je me suis souvent donnée à Notre Seigneur – hélas !.... et trop souvent reprise par les actes, quoique jamais par le cœur »[6]. Mais ce n’est point parce que cela est difficile qu’il nous faut renoncer car nous le savons également, rien n’est impossible à Dieu et c’est bien à Dieu que nous désirons nous abandonner. En ce jour de fête laissons résonner en chacune de nos âmes ces mots de la Bienheureuse Mère Marie de Jésus : « Courage, Notre Seigneur a des desseins sur vous, mais il faut le laisser faire, et non agir vous-même ; vous tenir bien humble, mépriser Satan, et vous bien abandonner à l’amour de plus en plus »[7]. La Bienheureuse assuma son abandon en son dernier souffle elle qui abandonna sa vie pour l’œuvre, pour l’œuvre de sanctification du monde alors écoutons la une nouvelle fois qui s’adresse à nous : « Courage, Notre Seigneur a des desseins sur vous, mais il faut le laisser faire, et non agir vous-même ; vous tenir bien humble, mépriser Satan, et vous bien abandonner à l’amour de plus en plus »[8].
Amen.



[1] Lettre 4 juillet 1873
[2] Lettre 26 octobre 1874
[3] ibid
[4] Lettre 4 novembre 1881
[5] Lettre 10 janvier 1882
[6] Lettre 19 novembre 1881
[7] ibid
[8] ibid