Paroisses de La Bouilladisse – La Destrousse – Peypin – Belcodène

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Centre paroissial : 7, Bd. Francis CAPUANO - Place Notre Dame 13720 La Bouilladisse

lundi 5 mai 2014

19 avril - Veillée Pascale



En cette sainte nuit, prenons le temps de ressaisir l’ensemble du drame qui s’est déroulé ces dernières heures. Rappelons-nous d’abord cette arrivée triomphale du Seigneur Jésus à Jérusalem, rappelons-nous ces foules l’acclamant à grands cris, ces palmes agitées, ces manteaux jetés comme un immense tapis pour accueillir le Roi du ciel. Cette joie, cette liesse populaire semble aujourd’hui bien lointaine et bien dépassé car Jérusalem a refermé sur le Christ ses bras étreignant jusqu’à l’asphyxie et la mort de celui qu’elle accueillait. Mais avant cette issue funèbre, n’oublions pas de nous rappeler ce dernier repas du Seigneur, ce don incommensurable du sacrement de l’eucharistie qui fut scellée à jamais et donné comme témoignage de la présence du Seigneur à son Eglise. Le Christ savait que sa fin était proche, Il a promené son regard sur ses apôtres s’arrêtant, le cœur attristé, sur celui qui allait le livrer. Mais si sa destinée tendait à s’accomplir, le Christ a voulu demeurer présent et s’est rendu présent, se rend présent aujourd’hui, ce soir, sous le voile du pain consacré. En ce don de l’eucharistie Dieu a fait un cadeau à notre humanité bien qu’Il savait que ce serait par la main de cette humanité, de notre humanité, que la douleur et la mort l’atteindront.
Et Juda s’en alla vendre celui qu’il aimait pourtant comme sa pendaison nous le démontre. Et Jésus partit au jardin des oliviers où l’angoisse de la mort le faucha en son humanité. Mais l’angoisse ne l’arrêta pas, sa peur si humaine ne l’arrêta pas, le Christ attend ceux qui doivent l’arrêter et c’est par un baiser qu’Il leur est livré. Un baiser, un baiser, signe si doux de l’amitié et de l’amour qui devient alors symbole de mort. Et puis les chaînes l’ont cerné, les brimades ont commencées. Oh mon Dieu, mais comment avons-nous pu en arriver là, comment avons-nous pu aller jusqu’à t’atteindre en ton être Toi qui pourtant n’avait rien fait de mal, Toi qui pourtant a enseigné aux foules l’amour des béatitudes, qui a illuminé les foules par ces miracles si nombreux. Mais si les liens t’ont enserré c’est surtout parce que tu es la Vérité et que la Vérité tend toujours à être détruite par l’erreur orgueilleuse.
Et la prison n’a été que le début, le reniement de Pierre ponctué par le chant du coq signa l’abandon que tu vécu. Et ce n’était pas fini. Le fouet a lacéré tes chairs imbibant les dalles du palais de ton sang si précieux. La couronne d’épines dans une dérision sanglante te transperça les chairs. Et ce n’était pas fini. Devant cette foule qui t’acclamait tantôt tu as entendu ce cri qui déchira ton âme « crucifie-le ». Horreur de ce cri abominable que nous entendons encore résonner à travers les siècles comme l’expression la plus inhumaine du rejet de Dieu et de la Vérité. Et ce n’était pas fini. La croix chargea tes épaules jusqu’à l’épuisement qui ne fut vaincu que par ta volonté d’aller jusqu’au bout oh non par fierté mais bien par amour ! Et ce n’était pas fini. Le marteau s’élança et dans une douleur aigüe termina cette œuvre démoniaque qui cloua Dieu sur une croix. Dans la douleur indicible qui étreignait ton cœur, dans la douleur infinie qui étreignait ton âme Tu as pourtant encore pensé à nous en nous donnant ta mère. Et la mort cueilla ton être dans un dernier souffle scellant la cruauté de cette humanité que pourtant tu venais de sauver.
Ce dernier souffle stoppa le temps. Tout semblait fini. La mort semblait avoir mis un point final à cette aventure extraordinaire de Vérité et de Bonté, le mal semblait avoir gagné. Ton corps sans vie fut remis à ta mère et confié à ce tombeau qui te garda en ses entrailles. Le silence dû s’établir en tes apôtres et disciples, silence de la mort pour Juda qui ne pouvait concevoir d’être pardonnable pour son geste, silence du regret et de la honte pour Pierre, silence de l’absence pour tous, temps des ténèbres.
Mais ce n’était pas fini car l’inimaginable s’est produit. La mort implacable qui atteint tous les fils d’Adam est vaincue. Les ténèbres ont été vaincues oh non pas par la violence de l’épée, mais bien par la puissance de l’Amour par la puissance de Dieu qui est amour. Le Christ est ressuscité. Ressuscité, un terme inventé pour décrire cette nouveauté que le Christ établie comme une perspective pour chacun de nous. Le Christ est vivant. Les ténèbres l’avaient crucifié, la mort l’avait saisie mais le Christ les a balayés pour révéler au monde sa véritable destinée qu’est Dieu Lui-même. Le Christ est vivant ! Les apôtres vont le voir, vont manger avec Lui ; des milliers de disciples vont également le voir avant cette ascension du Christ qui ravit le ressuscité au regard du monde. Et nous aussi, ne soyons pas jaloux de ces visions du ressuscité car le Christ demeure celui qui nous est plus proche que nous même, Celui qui touche nos âmes en Lui donnant sa paix, Celui qui nourrit nos âmes en la sainte eucharistie, Celui qui nous pardonne en la sainte confession. Car le Christ ressuscité a vaincu la mort, le temps n’a plus aucun pouvoir sur Lui et Il demeure maintenant établi dans ce présent d’éternité qui le rend contemporain à tous les hommes de tous les siècles.
Et si ce drame de la passion se termine par la résurrection c’est parce que la passion toute entière doit constituer le signe de l’amour de Dieu pour chacun de nous. Chaque coup de fouet, chaque injure, chaque blasphème, chacun des clous, chacune des trahisons que le Seigneur a soufferts étaient nécessaires à notre rachat. C’est pour nous que le Christ a souffert tout cela. Pourquoi ? Et bien tout simplement pour nous racheter de la dette infinie du péché qui nous éloignait de Dieu. Seul le Christ pouvait satisfaire à la justice pour nous permettre de retrouver la communion avec Dieu et le Christ y a consenti jusqu’au don ultime de sa vie. Pourquoi y’a-t-il consenti ? Tout simplement parce que Dieu nous aime, Dieu nous aime d’un amour infini et encore aujourd’hui Il ne peut se résoudre à nous voir loin de Lui.
Et par sa résurrection le Christ nous montre le chemin afin qu’Il soit le premier des ressuscités, afin de montrer à l’humanité le chemin de la vie véritable, du bonheur sans fin, de la vérité, de la bonté, de la justice, du BIEN qu’est Dieu Lui-même.
Ce soir, le Christ nous révèle que nous sommes faits pour le ciel ! Et nous pouvons accéder à ce ciel que nous désirons si nous nous plaçons sous l’étendard du Christ pour mériter par sa passion, pour être illuminer par sa miséricorde, pour être transfigurer par sa grâce, pour être sanctifié jusqu’à devenir uni à Dieu dans l’éternité. Le chemin est tracé, nous le connaissons et combien parfois nous sommes paresseux, lancinant à prendre résolument le chemin que le Christ nous indique. Mais pourtant, nous savons que le Christ est l’unique voie qui nous conduit au salut, et pourtant nous nous attachons à ce qui nous éloigne de Lui.
Et face au jugement éternel pourrons-nous dire au Seigneur que nous n’avons pas eu le temps ? Pourront nous Lui dire que malgré les évangiles et l’enseignement de l’Eglise nous nous sommes laissé porter par les idées du monde en considérant comme bonne des choses si aisément condamnables.
Alors, oui le Christ est ressuscité, oui le Christ ressuscité nous offre sa grâce et son salut mais nous ne pouvons l’accepter du bout des lèvres ou bien plutôt du bout du cœur. Le Christ n’a pas fait les choses à moitié et son corps glorifié témoigne encore de sa résolution amoureuse à nous acquérir le salut alors n’hésitons pas et suivons le Christ car notre éternité en dépend.
Et ce soir, l’un d’entre nous va poser un geste d’éternité, un geste d’éternité que nous avons posé pour beaucoup d’entre nous il y’a bien longtemps. Jonathan tu vas recevoir le baptême et tu sais combien ce sacrement va t’unir au Seigneur, tu sais combien le Seigneur va déverser en ton âme sa grâce et sa miséricorde, tu vas devenir l’enfant de Dieu, uni à Lui en ton être profond. Reste fidèle au Seigneur, reste fidèle au Christ ressuscité Lui qui a donné sa vie pour toi et qui t’aime infiniment. Tiens bien sa main, recours à sa miséricorde et avance sur le chemin qu’Il a établie jusqu’à la gloire éternelle, emprunte ce chemin qui passe par la croix mais qui est porté par les chants de louange acclamant la résurrection.
Et pour nous ce soir, que ce baptême de Jonathan nous rappelle notre propre baptême, nous rappelle que nous sommes enfants de Dieu et que nous sommes appelés à le rejoindre dans l’éternité. Le Christ est ressuscité, Il nous appelle à ressusciter avec Lui et Il nous montre le chemin qui est celui de la vertu, alors n’hésitons pas et que cette fête de Pâques nous renouvelle dans notre choix du Christ. Le Christ est ressuscité pour nous ! Le Christ est ressuscité ! Alléluia !
Amen.

18 avril - Vendredi Saint



C’est le silence de la mort qui règne en nos âmes en nos cœurs. Nous avons tressailli à chaque blessure infligée au Seigneur, nous avons souffert avec Lui de cette affreuse passion, nous avons effleuré en notre être la douleur aigu des clous déchirant la chair dans la gêne insupportable de la couronne d’épine. Regardons ce que nous avons fait au Seigneur, regardons ce que nous avons fait à notre Dieu !
Et pourquoi ? Parce qu’Il nous invitait à l’amour, parce qu’Il nous invitait à la béatitude éternelle ou bien plutôt parce qu’Il nous rappelait que tout homme est notre prochain, parce qu’Il nous rappelait que le pardon est la seule issue à tout conflit, parce qu’Il nous rappelait que la vie de toute personne est infiniment précieuse… Ne cherchons pas ailleurs qu’en la malignité du péché les raisons de cette crucifixion inique. Ne cherchons pas ailleurs que dans l’autosuffisance de l’homme les causes de ce drame ignoble. Rendons nous compte que l’homme a tué Dieu pour suivre sa propre route. L’homme a tué Dieu, ces mots improbables doivent nous faire frémir.
Mais par-delà les cris de haine qui accompagnent le supplice de notre Seigneur, par-delà la satisfaction des bourreaux qui se réjouissent de leur œuvre mortifère, ce sont les sanglots de la Très Sainte Vierge Marie que nous percevons dans le brouhaha inhumain. La Sainte Vierge Marie qui demeure là, accompagnant la chaire de sa chaire, accompagnant son Fils en son cœur transpercé d’un glaive de douleur. Et Sainte Marie-Madeleine est également là, elle qui a été pardonné par le Seigneur de ses nombreux péché, elle demeure saisie par l’amour du Seigneur et tout en souffrant de Le voir souffrir elle désire simplement être là aux côtés de son Seigneur. St Jean aussi, unique représentant des apôtres, accompagne le Christ sans comprendre comment l’aventure peut se terminer dans une flaque de sang au pied d’une croix. Le cortège funèbre qui accompagne le Seigneur Jésus Christ est bien loin de cette foule qui l’acclamait tantôt. Où sont les milliers de disciples, où sont les autres apôtres. Le mal a fait s’envoler comme une volée de moineaux tous les amis du Seigneur et Jésus se retrouve presque seul face au supplice.
Puis la mort a fait son œuvre, Jésus est mort. Son corps suspendu demeure sans vie mais malgré cela, un dernier outrage vient profaner ce corps par le coup de la lance qui lui ouvre le cœur. Jésus est mort, Dieu est mort, tout semble fini, l’aventure est terminée, les miracles sont oubliés, les belles paroles également, la mort implacable s’est imposée, comme toujours. Et c’est dans un tombeau que le Seigneur est déposé, ce tombeau qui est comme l’impasse dans laquelle semble se conclure l’histoire extraordinaire de ce Jésus. Ô comme le désarroi devait être immense pour les apôtres. Imaginons saint Pierre pleurant sur son regret d’avoir renié son Seigneur, imaginons tous ces apôtres honteux d’avoir déserté l’amour qu’ils ont pourtant encore envers le Seigneur, la funeste douleur devait être écrasante. Et quelle horreur que de considérer que c’est l’homme qui de ses mains a arraché à la vie celui qui pourtant ne faisait qu’aimer… Paradoxe inconcevable de notre humanité toujours prête au meilleur mais en même temps accomplissant le pire. Mais nous savons qu’en ce jour de ténèbres pointe déjà la lumière diffuse de la résurrection, la mort a aujourd’hui son jour mais la résurrection quant à elle aura l’éternité. L’impasse du tombeau volera en éclat pour laisser s’échapper celui qu’elle ne peut retenir, Jésus Christ. Les larmes de regret de saint Pierre seront essuyés par celui-là même qu’il avait trahi, la honte des disciples sera balayé par l’amour de celui qu’ils ont abandonné, le monde lui-même sera aimé dans ce don ultime que le Seigneur fera en l’Eglise qu’Il établit. Oh bien sûr les ténèbres continueront de lutter désespérément tout en sachant qu’elles ne peuvent rien contre la lumière irradiante de la résurrection. Mais ce soir, demeurons au tombeau, demeurons auprès de ce corps sans vie qui porte encore les marques sanglantes des coups subis mais qui cache la douleur morale engendrée par tous les péchés qui maintenant sont rachetés. Car si le corps physique a souffert horriblement, le Christ devait bien plus souffrir de tous les péchés, de tous nos péchés qu’Il a porté jusqu’à la croix pour les expier, pour en obtenir miséricorde. Douleur physique et douleur morale ont écrasés notre Seigneur pour nous, pour que nous puissions maintenant savoir que nous sommes rachetés par le sacrifice du Christ, pour que nous puissions savoir que la mort n’est pas la fin de tout mais qu’elle n’est que le voile cachant l’éternité, pour que nous puissions savoir à quel point Dieu nous aime. Restons au tombeau, veillons le corps sans vie de celui que nous aimons et qui nous a aimé jusqu’au bout.
Amen.

vendredi 2 mai 2014

17 avril - Jeudi saint



Tant de siècles, tant d’années se sont écoulés et pourtant nous retournons ce soir auprès du Seigneur et nous désirons être présents en ce dernier repas, en cette sainte cène durant laquelle le Seigneur nous fit le don incommensurable de la sainte eucharistie. Et nous pouvons nous imaginer la gravité, la solennité de cet instant où le Christ prononça pour la première fois ces paroles tant répétés par tant de prêtres à travers les âges : Ceci est mon corps ; Ceci est mon sang ; Faites cela en mémoire de moi. Et à chaque fois que nous entendons ces mots en nos eucharistie et bien ce sont nos âmes qui revivent cette sainte cène, qui revivent le don que le Christ fait de Lui-même en la sainte messe.
Et il est malgré tout étonnant de recevoir les textes de la liturgie de ce jour. Etonnant car si St Paul nous a permis de revenir au dernier repas du Seigneur, au don de la sainte eucharistie, les autres textes pourraient lui sembler étranger. Mais il n’en est rien, bien entendu, la liturgie désire nous faire aller plus loin, désire nous permettre de jeter un regard qui dépasse le simple évènement pour prendre une hauteur toute emprunte de vérité spirituelle.
Car le don de l’eucharistie s’inscrit pleinement dans l’ensemble de la mission du Seigneur et donc dans l’ensemble du dessein divin, de l’histoire sainte. L’agneau Pascal, cet agneau qui est offert en sacrifice par le peuple d’Israël, le sang de cet agneau qui épargne la mort à ceux qui sont les fils d’Abraham, cet agneau qui évite le jugement et qui conduit à la libération du peuple d’Israël, cet agneau est l’image même du Christ. La figure de l’agneau pascal est pleinement accomplie en la personne du Christ. Tout comme l’agneau pascal, le Christ est offert en sacrifice pour le peuple ; tout comme l’agneau pascal, le Christ évite le jugement de son peuple comme Il nous le dit en l’évangile selon St Jean : « je ne suis pas venu juger le monde, mais le sauver » ; tout comme l’agneau pascal, le Christ permet la délivrance de son peuple « Car Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui », tout comme l’agneau pascal, le Christ pousse son peuple vers un pays où coulent le lait et le miel « Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle ». Tout ce que l’agneau pascal préfigurait le Christ l’a accompli, Lui qui « comme l'agneau qui se laisse mener à l'abattoir » a désiré souffrir sa passion pour nous obtenir le salut.
Et si aujourd’hui, si ce soir nous célébrons le don ineffable de l’eucharistie il nous faut bien souvent nous rappeler que l’eucharistie, que la messe est l’unique sacrifice du Christ. A chaque eucharistie, nous revivons la sainte Cène que nous célébrons ce soir, nous revivons la passion du Seigneur, sa mort et sa crucifixion, nous revivons son sacrifice qui est rendu présent sur cet autel, nous revivons par sa résurrection qui nous illumine l’âme à chaque communion à son corps lors de la communion. C’est tout cela qui se passe à chaque messe, chaque dimanche, et nous pouvons imaginer ô combien se doit être dure pour le Seigneur que d’entendre tant de chrétiens dire qu’ils n’ont pas le temps d’y venir, pas le temps de venir, de l’accompagner en sa passion, de le recevoir en la sainte communion. Quelle tristesse, quel gâchis pour leurs âmes, quel tristesse pour le Seigneur.
Mais l’homme est libre car Dieu ne désire pas le contraindre par la force en envoyant des myriades d’anges pour ordonner l’humanité. Ce n’est pas la manière de faire du Seigneur. Dieu demeure celui qui est en quête de l’homme et qui désire attirer l’homme non par la force mais par la puissance de son amour qui s’exprime éminemment par son abaissement, par son humiliation. Car Il n’a pas suffi à Dieu de quitter la gloire du Ciel pour se faire l’un de nous, pour se faire homme. Oui Dieu s’est abaissé jusqu’à nous rejoindre mais en plus, en étant l’un de nous, Il n’a pas voulu régner en maître sur chacun de nous, au contraire, Il s’est fait serviteur pour nous. Dieu s’est fait serviteur, Dieu s’est fait notre serviteur ! Allons-nous le renvoyer d’un geste tel un simple laquais où allons-nous discerner en Lui la grandeur de Dieu qui soupire d’impatience de servir l’homme en lui communiquant le salut !
Tel est tout le sens du lavement des pieds que nous a livré le texte d’évangile et que nous allons vivre dans quelques instants. Le Christ s’abaisse devant nous et Il désire nous laver les pieds c'est-à-dire nous purifier de tout mal pour nous permettre de demeurer avec Lui. Prenons conscience et imaginons en nos âmes, en nos cœurs, le Christ s’avançant vers nous, se mettant à genoux devant nous pour nous laver nos pieds. Et en notre humanité nous aimerions tant le relever prestement pour nous mettre nous-même à genoux devant Lui mais ce ne serait pas la meilleure manière de l’aimer. La meilleure manière d’aimer le Seigneur c’est de nous laisser faire, de le laisser faire car c’est Lui qui nous donne par-là la grâce d’être avec Lui. En ce soir, laissons le Christ nous laver les pieds, laissons Dieu se mettre à genoux devant nous en pleurant de ne pas en être digne, en pleurant devant son abaissement signe sublime de son amour infini pour nous.
Amen.

Dimanche 13 avril - Dimanche des rameaux



Le temps est suspendu, le temps semble s’être arrêté, le monde lui-même semble prendre conscience de l’acte qu’il vient de commettre. Jésus est mort. Sa passion douloureuse l’a conduit jusqu’à la crucifixion puis jusqu’à la mort. La croix se dresse sur le monde qui peut contempler la puissance du mal dont ce monde est capable. Mais par-delà l’atrocité de l’instant, c’est le désir de Dieu qu’il nous faut percevoir. Par-delà la mort du Seigneur Jésus c’est le désir de Dieu qu’il nous faut discerner. Car le Christ aurait pu tout arrêter à n’importe quel moment, le Christ aurait pu être secouru par une légion d’anges qui l’aurait soustrait aux mains maléfiques de ces bourreaux. Mais le Christ a voulu aller jusqu’au bout, le Christ est allé jusqu’au bout et si le Christ est allé jusqu’au bout c’est par amour, par amour pour chacun de nous. C’est aujourd’hui qu’il nous faut prendre conscience que c’est l’amour de l’humanité qui conduit le Christ jusqu’à la mort de la croix. Dieu est mort sur la croix afin de nous montrer qu’Il nous aime, Dieu est mort sur la croix afin de nous montrer que la mort est vaincue, que le mal est vaincu.
Mais dans le quotidien de nos vies, nous avons parfois du mal à comprendre que Dieu nous aime et que le mal demeure pourtant si présent en notre temps. Si Dieu nous aime, alors, pourquoi le mal, pourquoi la souffrance. Mais lorsque l’on est au pied de la croix comme nous le sommes en ce moment, lorsque nous levons les yeux vers le Seigneur Jésus crucifié, lorsque nous levons les yeux vers le Christ mort sur cette croix de douleur, alors nous ne pouvons plus dire que Dieu se moque de la souffrance humaine. Dieu s’est fait souffrance pour nous afin de nous montrer qu’Il nous soutient et nous secourt dans chacune des épreuves de l’existence. Alors oui le mal sévit dans le monde mais nous savons que par la croix du Christ le mal est vaincu mais nous vivons, depuis la croix, les soubresauts d’un animal en agonie, mais nous vivons, depuis la croix les soubresauts du mal en agonie. Par la croix, Dieu a vaincu le mal et par la croix, Dieu invite l’humanité à fuir le mal pour rentrer dans l’éternelle béatitude. La croix du Christ est le remède au mal. La croix du Christ est le remède au péché car la croix du Christ est la manifestation du don total que Dieu nous fait, du don total que Dieu fait de Lui-même.
Dieu se donne mais rappelons-nous que c’est l’humanité qui la conduit jusqu’à la mort, rappelons-nous que nous avons cette capacité bienheureuse d’accueillir le Seigneur Jésus en chacune de nos vies, de l’accueillir par la louange de nos actions vertueuses, par les rameaux de nos actes de charité, mais rappelons-nous également que nous avons la capacité de faire mourir le Seigneur une deuxième fois, de le faire mourir en le chassant de nos vies, de le faire mourir en le mettant à l’écart de nos existences.
C’est pourquoi je vous propose, aujourd’hui, au plus profond de vos cœurs, de choisir une nouvelle fois le Seigneur Jésus, de l’accueillir une nouvelle fois en vos vies. Mais accueillir le Christ cela implique une réorientation de soi-même vers Dieu, cela implique de se laisser nourrir par les sacrements, cela implique de se laisser conduire par l’Esprit Saint dans le silence de la prière, en définitive, accueillir le Seigneur c’est l’aimer, l’aimer au point de tout faire pour nous rapprocher de Lui.
Alors chers amis, en ce dimanche qui ouvre la grande semaine de la passion et de la résurrection du Seigneur, laissons-nous saisir par la croix du Seigneur qui manifeste l’amour de Dieu pour chacun de nous, laissons-nous toucher par cet amour et aimons le Seigneur à notre tour en nous mettant à sa suite. N’hésitons pas, laissons-nous aimer par le Seigneur afin de pouvoir l’aimer en retour.
Amen.